Saint Lupien
Eglise de Saint-Lupien - Aube - France Le village de Saint-Lupien porte le nom du saint auquel l’église est dédiée. Il fut martyrisé à la fin du VIème siècle, en Champagne. La reine Brunehaut le fit mettre à mort à cause de sa trop grande franchise à l’égard des puissants. L’iconographie de cette église est fort intéressante. Une première statue représente saint Lupien avec, à ses pieds, le dragon apprivoisé. Dans le cheminement initiatique imagé en Occident par la maîtrise du dragon, cette étape précède celle de la tête tranchée et suit celles où l’homme est dévoré par le dragon puis chevauche celui-ci. La peinture située au-dessus de l’autel montre saint Lupien alors qu’il marche avec la tête coupée, la tenant bien en main au niveau du cœur, comme maints autres saints céphalophores comme saint Denis (Paris), sainte Valérie (La Souterraine – Berry), saint Génitour (Le Blanc – Berry), sainte Nolwenn (Bretagne), etc. Mais un la colombe de l’Esprit descendue du ciel saisit sa tête par les cheveux et l’élève dans les airs. A la droite de l’autel, une autre statue du saint montre la tête tranchée et légèrement décollée ! Ces deux dernières images sont surprenantes à plus d’un titre ! Ces deux dernières représentations illustrent parfaitement, dans l’iconographie chrétienne, une vérité maintenue dans la tradition des soufis de l’Islam. Toutes les traditions issues de la Tradition primordiale convergent. Le montre parfaitement, cette célèbre réponse d’Ibn’Arabi à Averroès. Il raconte ainsi l’entretien qu’ils eurent ensemble: « J’étais encore à cette époque un adolescent imberbe. A mon entrée, le philosophe se leva de sa place, vint à ma rencontre en me prodiguant les marques démonstratives d’amitié et de considération, et finalement m’embrassa. Puis il me dit : “Oui”. Et moi à mon tour, je lui dis : “Oui”. Alors sa joie s’accrut de constater que je l’avais compris. Mais ensuite, prenant moi-même conscience de ce qui avait provoqué sa joie, j’ajoutai: “Non”. Aussitôt, Averroès se contracta, la couleur de ses traits s’altéra, il sembla douter de ce qu’il pensait. Il me posa cette question : “Quelle sorte de solution as-tu trouvée par l’illumination et l’inspiration ? Est-ce identique à ce que nous dispense à nous la réflexion spéculative ?” Je lui répondis: “Oui et non. Entre le oui et le non, les esprits prennent leur vol hors de la matière, et les nuques se détachent de leur corps”. Averroès pâlit, je le vis trembler; il murmura la phrase rituelle: il n’y a de force qu’en Dieu, - car il avait compris ce à quoi je faisais allusion[1]. » Le rapprochement se fait avec les saints céphalophores du Christianisme qui, ayant eu la tête coupée, l’ont ramassée et ont marché avec celle-ci en la tenant bien en main, la portant au niveau du cœur. Plus de mental ! La Voie du Cœur seulement[2] ! Illumination n’est jamais le fruit de la spéculation… [1] - Cité par Henry Corbin dans L’Imagination créatrice dans le soufisme d’Ibn’Arabi – Flammarion, 1958, p.35. Régor R Mougeot
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