La Vouivre


Extrait du livre
"La VOUIVRE, UN SYMBOLE UNIVERSEL"
Kintia Appavou et Régor R. Mougeot
(Ed. la table d'emeraude, paris, 1993, 1995 - Epuise, consultable en bibliotheque)
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PROLOGUE
LA VOUIVRE DANS LE PATRIMOINE DE NOTRE PAYS

La Vouivre, si longtemps oubliée, fait pourtant partie intégrante, depuis des siècles, de notre Patrimoine et tient une place importante dans la Tradition Occidentale.

C'est, sans conteste, le roman de Marcel Aymé, La Vouivre, qui a remis à l'honneur et popularisé de nouveau cet ancien vocable :

« Vouivre, en patois de Franche-Comté, est l'équivalent du vieux mot français "guivre" qui signifie serpent et qui est resté dans le langage du blason. La Vouivre des campagnes jurassiennes, c'est à proprement parler la fille aux serpents. »

Arsène, le héros de ce livre, fauche le pré appelé la « Vieille Vaîvre » lorsqu'il aperçoit une vipère qu'il suit prudemment. Et il fait alors la rencontre de la Vouivre :

« Derrière la vipère apparut une jeune fille, d'un corps robuste, d'une démarche fière. Vêtue d'une robe de lin blanc arrêtée au bas du genou, elle allait pieds nus et bras nus, la taille cambrée, à grands pas. Son profil bronzé avait un relief et une beauté un peu mâles. Sur ses cheveux très noirs relevés en couronne, était posée une double torsade en argent, figurant un mince serpent dont la tête, dressée, tenait en sa mâchoire une grosse pierre ovale, d'un rouge limpide. »

Cette pierre, c'est l'Escarboucle de la Vouivre qui, si souvent, a fasciné les hommes. Sa convoitise se retrouve dans de nombreuses légendes de nos provinces.

La Vouivre de Marcel Aymé est donc personnifiée par une Femme, et, dans le film tiré de ce roman, Urbain, le vieux garçon de ferme, dit à Arsène, à son sujet :

« Il y a longtemps qu'elle est là sur ces plaines et sur ces eaux ! Bien avant l'arrivée des hommes ! Des milliers d'années, elle a vécu avec les bêtes qui étaient toute la vie du monde. » Ici, il n'y avait que des forêts où la lumière ne rentrait pas.

Des marais, des pourrissoirs où grouillaient toutes les vermines. Elle était seule, en avant de la vie. Elle cherchait dans le regard des bêtes la lueur de l'Esprit qui annoncerait la fin de sa solitude. Et puis les premiers hommes sont arrivés... »

Marcel Aymé a sans doute transposé, dans son roman, « la vouivre d'Avoudrey [qui] est la plus belle de Franche-Comté. Outre l'escarboucle qu'elle porte sur la tête, elle a une couronne de perles. Elle descend à minuit, le soir de Noël, au moment où, dans l'église, on chante matines, et vient boire à la fontaine voûtée du village. Elle pose un instant son escarboucle et sa couronne au bord de la source... »

Certains considèrent le mot « Vouivre_» comme berrichon. Et « dans le patois bourguignon, une "Vouivre" ou une Vivre désignait une jeune fille résolue et vive. » La richesse des traditions vivantes est extraordinaire.

Mais la Vouivre est-elle seulement cette fille aux serpents, cette personnification de la jeunesse éternelle de la Nature ? Est-elle, comme le suggère Marcel Aymé, liée aux anciennes divinités celtes des sources, des lacs et des rivières ?

Une confusion s'est sans doute faite avec les naïades et les sirènes liées à l'eau car l'étymologie nous donne une autre signification. « Vouivre » est en effet synonyme de « Guivre » ou « Givre » et dans ce mot :

« On peut y voir plutôt une racine indo-européenne Gwer, Gwor, indiquant une idée de "chaleur" et dont dérivent des mots allemands, anglais et français qui ont perdu le son guttural initial ou qui l'ont adouci en un f comme warm et four; en d'autres termes» la "Vouivre" ou la Guivre aurait été primitivement un "serpent de feu" et non pas un serpent d'eau. Cette étymologie expliquerait pourquoi les vouivres ont des ailes et portent au front une étincelante escarboucle, c'est-à-dire un charbon ardent, en latin "carbonculus"; quand elles plongent dans les fontaines ou dans les puits, elles laissent leur escarboucle sur la margelle. Il y a là une association de la "vouivre" avec une idée de lumière et de chaleur sortie des entrailles de la terre; aussi, traditionnellement la vouivre garde-t-elle les trésors souterrains. »

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